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Acouphènes : ce que change la nouvelle recommandation de la HAS de juillet 2026

il y a 1 jour
5 min de lecture
Acouphènes invalidants : diagnostic et prise en charge
Recommandation de la Haute Autorité de Santé 2026

En 2024, la Haute Autorité de Santé (HAS) publiait une note de cadrage posant les bases d'un travail sur la prise en charge des acouphènes invalidants. Elle y rapportait ce que soulignaient les professionnels de santé et les représentants d'usagers consultés : « il n'existe pas de définition consensuelle » de l'acouphène, « il n'existe pas de parcours structuré », « il existe une errance diagnostique et étiologique ». Le recours à un spécialiste était jugé souvent tardif, et il n'existait pas de « consensus pour la définition et l'élaboration d'un protocole médical de prise en charge ». Une prise en charge pluriprofessionnelle était jugée souhaitable (« doit être favorisée »), sans parcours structuré pour la mettre en œuvre.


Deux ans plus tard, en juillet 2026, la HAS a publié sa première recommandation de bonne pratique consacrée spécifiquement au diagnostic et à la prise en charge des acouphènes invalidants chez l'adulte. Une démarche diagnostique structurée en étapes claires, une consultation de synthèse dédiée à l'explication et à la décision partagée, une hiérarchisation assumée des approches thérapeutiques, des critères d'orientation pluridisciplinaire formalisés : ce que la note de cadrage de 2024 identifiait comme des manques trouve, deux ans après, une réponse construite et documentée.


Comprendre ce qu'est un acouphène


Avant de parler de ce que change cette recommandation, il est utile de rappeler ce qu'est concrètement un acouphène, ce phénomène souvent mal compris, y compris par les personnes qui en souffrent.


L'acouphène trouve le plus souvent son origine dans une atteinte de l'oreille interne ou des fibres nerveuses auditives. Une exposition à des sons forts, par exemple, peut endommager les cellules ciliées de la cochlée, qui transmettent le signal sonore aux neurones auditifs.


Mais l'oreille n'explique pas tout. Lorsque le signal venu de l'oreille diminue ou se modifie, on observe que le système auditif central compense : son activité spontanée augmente et son « gain central » se renforce, un peu comme l'éblouissement que l'on ressent à la lumière du jour après être resté dans le noir. Cette hyperactivité est considérée comme impliquée dans l'apparition et le maintien de l'acouphène.


D'autres réseaux, qui ne sont pas strictement auditifs, semblent aussi jouer un rôle dans son maintien et sa sévérité : réseaux émotionnels, attentionnels, mnésiques. On observe par exemple, chez les personnes acouphéniques, une activité accrue de l'amygdale et de l'insula, ce qui suggère une réponse émotionnelle inadaptée, et la perception de l'acouphène varie selon l'attention qu'on lui porte. Son intensité est par ailleurs souvent corrélée au stress. Ces observations décrivent des associations : les mécanismes exacts restent à préciser.


Acouphènes, ce que pose le nouveau texte, dans le détail


La recommandation structure désormais la démarche diagnostique de façon claire : anamnèse, examen clinique, recherche de signes de gravité, évaluation du retentissement à l'aide de questionnaires validés, notamment le THI (Tinnitus Handicap Inventory), puis bilan complémentaire si nécessaire.


Une évolution notable est la formalisation d'une consultation de synthèse, dédiée, avant toute décision thérapeutique. Le médecin y explique au patient les mécanismes de son acouphène, l'informe que la prise en charge peut nécessiter plusieurs essais et ajustements, et construit avec lui un projet de soin adapté à sa situation. Ce temps d'explication et de décision partagée est désormais reconnu comme faisant partie intégrante du soin, pas comme un à-côté facultatif (un accompagnement que la littérature désigne sous le terme de counseling).


Sur le plan thérapeutique, le texte distingue clairement ce qui est validé par des preuves solides de ce qui peut apporter un soutien sans disposer du même niveau de preuve. À ce jour, seules les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) sont reconnues efficaces sur l'acouphène lui-même. Cette hiérarchisation assumée donne aux professionnels un langage commun pour situer chaque approche à sa juste place.


Autre changement concret : lorsque la gêne est très élevée (THI ≥ 58) et qu'une surdité est objectivée, l'aide auditive doit être discutée en priorité, y compris si la perte auditive ne répond pas aux critères habituels de prise en charge de l'appareillage. Un essai individualisé est alors recommandé, avec une période d'essai allongée à deux mois pour permettre des réglages progressifs et une évaluation réaliste de l'effet sur l'acouphène.


Un parcours qui mobilise plusieurs compétences


Ce qui est particulièrement intéressant dans cette recommandation, c'est la diversité des professionnels qu'elle identifie comme pouvant intervenir, selon le profil et les besoins de chaque patient : médecin généraliste, ORL, audioprothésiste, orthophoniste, psychologue, professionnels formés aux approches corporelles.


L'orthophoniste, en particulier, occupe une place moins connue du grand public dans ce parcours. Son intervention ne se limite pas à un accompagnement ponctuel : sur le terrain, elle couvre l'accompagnement à l'utilisation d'une aide auditive ou d'un implant, l'entraînement auditif et les stratégies de communication, mais aussi un travail sur les aspects sécuritaires (détection, identification et localisation sonore) et sur la stabilisation de la situation sensorielle du patient face à l'acouphène ou à l'hyperacousie. Un rôle riche, encore trop peu identifié par les patients comme par le grand public.


Cette pluralité de professionnels n'est pas une addition de spécialités juxtaposées : c'est un principe organisateur. Selon la situation, la sévérité et le profil psycho-affectif du patient, certains de ces professionnels peuvent intervenir en complément les uns des autres, sous la coordination du médecin traitant ou de l'ORL.


Ce que cela change, concrètement


Pour un patient en quête de repères, cette recommandation offre quelque chose de précieux : la possibilité de comprendre, dès la consultation de synthèse, où se situe chaque option dans son parcours : ce qui est validé, ce qui est complémentaire, vers qui s'orienter selon les besoins identifiés. Ce n'est pas une solution miracle, et le texte ne le prétend d'ailleurs pas : la majorité de ses préconisations reposent sur un accord d'experts plutôt que sur des preuves de haut niveau, faute d'études suffisamment robustes sur un symptôme complexe à évaluer.


Mais poser un cadre commun, c'est déjà donner aux professionnels, et aux patients, un langage partagé pour construire un parcours cohérent, plutôt qu'une succession d'essais isolés.

Sources :

  • Haute Autorité de Santé. Acouphènes chroniques invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge — Note de cadrage, février 2024

  • Haute Autorité de Santé. Acouphènes invalidants chez l'adulte : diagnostic et prise en charge — Recommandation de bonne pratique et Argumentaire scientifique, 15 juillet 2026

Estelle ROUQUIER sophrologue spécialisée acouphène

Je suis Estelle ROUQUIER | Sophrologue & Formatrice, formée à la cohérence cardiaque par le docteur David O'HARE, aux neurosciences appliquées par le Professeur Philippe Pencalet et à l'éducation thérapeutique du patient.


Je suis spécialisée dans l'accompagnement des troubles auditifs (acouphènes, hyperacousie, vertiges), et des difficultés souvent associées : troubles du sommeil, hypersensibilité, stress et anxiété.


J'exerce depuis avril 2022 au Centre Horus Groupe IRIS Santé, centre de rééducation sensorielle au Port, au sein d'une équipe pluridisciplinaire, où j'ai réalisé plus de 200 bilans et accompagné plus d'une centaine de patients. J'exerce également en cabinet libéral à Saint-Leu.


Je suis membre de l'AFREPA , l'Association française des équipes pluridisciplinaires en acouphénologie. Formée à la prise en charge spécifique des acouphènes par Patricia Grevin et membre référent à la Réunion du Pôle Sophrologie et Acouphènes, dont l'existence est mentionnée dans l'argumentaire scientifique de cette recommandation.


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