Vertiges sans cause apparente : le lien entre émotions et équilibre
- 4 août
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Le monde qui tourne, sans qu'on sache pourquoi
Une personne consulte pour des vertiges. Les examens ORL ne révèlent rien d'anormal, l'oreille interne semble intacte, le cerveau non plus ne montre aucune lésion. Et pourtant, la sensation d'instabilité est bien là, parfois depuis des mois. Face à ce type de situation, on entend encore trop souvent : "c'est dans la tête", ou pire, "ce n'est rien". Or ce n'est ni l'un ni l'autre.
Un vertige réel, mais pas toujours d'origine mécanique
Historiquement, on a longtemps pensé le vertige comme un trouble exclusivement périphérique, un problème localisé dans l'oreille interne. Mais la gestion des informations captées par le vestibule se fait aussi au niveau central, dans le cerveau. Et ce traitement peut lui-même se dérégler, notamment sous l'effet de la fatigue ou des émotions.
Face à un patient vertigineux, la démarche médicale suit un ordre précis : écarter d'abord une cause centrale grave (un AVC par exemple), puis rechercher une atteinte de l'oreille interne. Quand aucune de ces deux pistes n'aboutit, cliniciens ORL et neurologues interrogent de plus en plus systématiquement le vécu émotionnel du patient. Et des études épidémiologiques ont mis en évidence un constat récurrent : un grand nombre de ces patients traversait, au moment de l'apparition des symptômes, un événement marquant sur le plan psychologique : un examen important, un deuil, une séparation, une difficulté professionnelle. Ces vertiges sont d'ailleurs fréquemment associés aux situations de burn-out. Ce ne sont pas des symptômes inventés : la personne qui en souffre ressent une instabilité bien réelle, qui peut être extrêmement perturbante au quotidien.
Comment les émotions viennent brouiller l'équilibre
Pour comprendre ce lien, il faut regarder du côté du fonctionnement cérébral. Les informations liées à l'équilibre, issues de l'oreille interne, mais aussi de la vision et de la proprioception, convergent vers des zones cérébrales communes (thalamus, insula, hypothalamus, structures limbiques). Ces zones jouent un rôle de filtre : elles trient, parmi toutes les informations sensorielles reçues en permanence, celles qui deviendront des perceptions conscientes. C'est ce qui permet, par exemple, de ne pas être submergé par chaque stimulus visuel ou sonore de la journée.
Or ces mêmes zones sont aussi impliquées dans la gestion des émotions. Quand la charge émotionnelle devient trop importante, ce filtre peut mal fonctionner. On observe alors, chez différents patients, des tableaux cliniques proches les uns des autres : douleur chronique chez certains, acouphènes chez d'autres, sensations d'instabilité ou de mouvement chez d'autres encore. On parle, dans ce cas, de troubles somatiques fonctionnels.

Le PPPD : quand l'instabilité devient chronique
Ce type de vertige a longtemps été désigné, par élimination, sous le terme de "vertige fonctionnel", par opposition au vertige otologique (d'origine auriculaire). Depuis 2017, le psychiatre américain Jeffrey Staab a proposé de le classer sous un nom plus précis : le vertige postural-perceptif persistant (VPPP), ou PPPD persistent postural-perceptual dizziness en anglais. Il touche des personnes qui n'ont pas de difficulté à se mouvoir activement, mais chez qui la sensation d'instabilité apparaît justement à l'arrêt du mouvement, une gêne quasi constante dans la vie quotidienne.
Une dimension mécanique peut par ailleurs s'associer à ce tableau : certains petits cristaux de l'oreille interne (les otolithes, ou otoconies), qui participent normalement à la détection du mouvement, peuvent se déplacer ou se dégrader (sous l'effet d'un traumatisme ou de facteurs hormonaux) et perturber le système à leur tour. Un cercle vicieux peut alors s'installer : un vertige d'origine mécanique déclenche du stress et de l'anxiété, qui viennent à leur tour perturber le traitement cérébral de l'équilibre, ce qui entretient le vertige. La personne devient hypersensible à ces sensations, un peu comme certains patients acouphéniques qui finissent par ne plus penser qu'à leurs sons fantômes, ce qui, avec le temps, rend l'accompagnement plus complexe.
Une prise en charge qui s'ouvre à de nouvelles pistes
Le diagnostic de ces vertiges requiert un avis spécialisé : ORL ou neurologue formé à ce type de trouble. Une fois posé, la prise en charge repose généralement sur une collaboration entre ce spécialiste et un psychothérapeute, parfois un psychiatre pour les formes les plus sévères.
Une recherche de terrain, en cours
C'est dans ce contexte que des pistes complémentaires sont aujourd'hui explorées par la recherche. Le groupe de recherche Vertige du CNRS a engagé des études sur les bénéfices de la sophrologie pour les patients vertigineux instables, notamment ceux souffrant de PPPD. À l'initiative du GDR Vertige, Julie Eveleigh et Quentin Montardy ont engagé un projet d'étude sur le PPPD, que Patricia Grévin, fondatrice du Pôle Sophrologie et Acouphènes, a rejoint. Le protocole sophrologique à l'étude a été élaboré par Julie Eveleigh, sophrologue elle-même concernée par l'impact du PPPD dans sa vie, conçu pour répondre aux besoins des patients souffrant de ce type de vertiges chroniques, l'objectif étant de mieux comprendre comment la sophrologie peut contribuer à diminuer l'impact du trouble et améliorer la qualité de vie, en complément du suivi médical.
Sources :
"VERTIGES ÉMOTIONNELS, notre chercheur vous explique comment LE CERVEAU vous fait perdre pied." de la chaîne Youtube PUMS avec Christian CHABERT, directeur du groupe de recherche vertige au CNRS : https://youtu.be/T7EhxWOgwag?si=uscRMfl30x9PB25s
Sur le projet de recherche en cours : https://www.pole-sophrologie-acouphenes.fr/la-semaine-de-l-equilibre-et-du-vertige-2025-sensibiliser-informer-et-accompagner-les-patients.html

Je suis Estelle ROUQUIER sophrologue spécialisée dans l’accompagnement des troubles de l’audition : acouphènes, hyperacousie et vertiges.
J’ai été formée à cette prise en charge par Patricia Grévin, sophrologue spécialisée et vice-présidente de l’Association Française des Équipes Pluridisciplinaires en Acouphénologie (AFREPA). J’applique notamment les protocoles développés au sein du Pôle Sophrologie et Acouphènes®, dont je suis la référente à La Réunion.
Je suis moi-même membre de l'équipe AFREPA du centre Horus à la Réunion.
Je reçois en libéral à Saint-Leu et accompagne également des personnes à distance.


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