Toutes vos questions sur les douleurs chroniques



Morceaux choisis de l'émission "Grand bien vous fasse !" diffusée sur France Inter en mai 2019 avec :

Carole Séréni, neurologue, coresponsable de la consultation multidisciplinaire de la douleur chronique de l’hôpital Saint-Joseph à Paris, auteure de Douleurs chroniques et opiacés ed. Du Cerf ;

Patrick Giniès, anesthésiste réanimateur. Centre Antidouleurs CHU Saint-Eloi, à Montpellier ;

Serge Perrot, Praticien Hospitalier, Médecin de la douleur et rhumatologue, Hôpital Hotel Dieu-Cochin, ex Pt de la SFETD.


Migraines, endométriose, douleurs post-opératoires, fibromyalgie, syndrome de l’intestin irritable, cancer, rhumatismes inflammatoires, mal de dos…

Les douleurs chroniques empoisonnent la qualité de vie d’environ 20% de la population.

La grande majorité ne bénéficie pas de soins appropriés.


La douleur aiguë est un signal d'alarme essentiel : il se passe quelque chose dans le corps qui ne va pas et le signal nerveux averti l'organisme qu'il y a un danger.

La douleur chronique est une douleur qui persiste alors même qu'elle n'a plus d'intérêt pour l'organisme, c'est une sorte de virus informatique qui s'empare du cerveau et qui fait qu'on ne peut pas se libérer de la douleur alors qu'elle ne sert absolument plus à rien.

Pour résumer : la douleur aiguë alarme et la douleur chronique désarme.


Certaines personnes vont pouvoir développer le système qu'on a tous en nous de contrôle de la douleur et d'autres vont, à certains moments de leur vie, ne pas pouvoir le mettre en place.

Ceux qui souffrent de douleurs chroniques ne sont pas des malades imaginaires, ce sont des malades très compliqués, qui souffrent énormément : physiquement, socialement, psychologiquement et ils ne sont pas reconnus et c'est çà qui est le plus difficile.


C'est à partir de la tête qu'un système de contrôle peut agir contre la douleur chronique.

Le cerveau c'est l'organe qui fabrique la douleur à partir d'un signal d'alarme, c'est à dire non seulement qu'il intègre les sensations qu'on a et leur mets l'étiquette "douleur", mais il crée aussi tout un tas de retentissements sur l'humeur, sur l'attention, sur l'organisme (le coeur s'accélère, la tension monte ...)


C'est un problème de santé publique encore trop souvent ignoré.

Nous avons 250 centre de la douleur en France qui péniblement arrivent à soigner 300 000 personnes sur les 12 millions concernées avec des moyens qui sont en diminution, des personnels en diminution, des centres qui vont disparaître ...


Les facteurs de risque sont multiples : ils peuvent être liés à la chirurgie, au patient, aux médicaments.

Le fait d'avoir été traité pendant longtemps avec des opiacés fragilise, ainsi que le fait d'avoir des problèmes personnels importants, d'être au chômage, d'être isolé, d'avoir eu des traumatismes psychologiques ou physiques dans l'enfance.


Il y a maintenant une chose que l'on reconnait c'est l'importance de l'activité physique.

Quelqu'un qui va être très inactif, qui va avoir peur de bouger, qui va éviter tout mouvement se mets en danger de développer une douleur chronique.


La grande coupable qui transforme peut-être une douleur aiguë en douleur chronique c'est la neuroplasticité.

La neuroplasticité c'est le fait que le système nerveux se transforme, il se transforme tous les jours, on n'est jamais identique dans notre cerveau d'un jour à l'autre, parce qu'on a appris quelque chose, parce qu'on a vécu quelque chose, parce qu'on a senti quelque chose ... et çà reste là.

La douleur est une expérience très importante pour le cerveau et çà va être un facteur majeur de transformation : les voies de la douleur vont être comme musclées du fait que la douleur persiste. C'est un mécanisme automatique.

Les logiciels dans la tête vont être comme parasités, les systèmes d'adaptation physiques et émotionnels vont être rendus comme défaillants.


La perception de la douleur dépend du degré d'attention qu'on lui porte, de son humeur, de son état de fatigue.


La médecine, les médecins, les soignants n'ont pas appris à écouter, alors que c'est la première démarche : croire et écouter.

Comment le soignant, ou ceux qui veulent donner des conseils aux gens qui souffrent peuvent les aider à réveiller en eux leurs propres armes contre la douleur ? C'est cette relation thérapeutique nouvelle, pas de trouver LE médicament, c'est le "re-empowerment", retrouver du pouvoir chez le patient, pour lui-même trouver une stratégie qui est compliquée. Il ne faut pas attaquer la douleur de face, il faut contourner l'obstacle.


Dans la phase de compréhension existentielle de la fibromyalgie, la pratique de la méditation et de la relaxation est une façon de se positionner autrement vis à vis de son propre corps. Le massage et la kinésithérapie vont aider à restructurer le logiciel sensoriel du corps.

La fibromyalgie c'est une dé-synchronisation du corps et du cerveau, et il faut re-synchroniser dans un sens et dans l'autre.

On re-synchronise du cerveau vers le corps par la méditation et la relaxation, et du corps vers le cerveau par l'exercice physique, la balnéothérapie ...


Pour écouter la totalité de l'émission : France Inter